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PSYCHOACOUSTIQUE par Pascal Pistone |
"L’Art
est fait pour troubler, la Science rassure."
(Georges Braque)
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INITIATION À LA PSYCHOACOUSTIQUE |
APPAREIL
AUDITIF
L'appareil
auditif est le premier organe des sens à se développer dans
l'embryon. Sa complexité est très grande.
1)
l’oreille externe
Elle
sert à capter les ondes sonores. Elle comprend :
- le pavillon
(que certains animaux peuvent orienter vers la source sonore)
- le
conduit
auditif
2)
l’oreille moyenne
C'est
une cavité de 2 cm3
qui comprend :
- le tympan
(membrane élastique de 1cm2 de diamètre et de 1/10 mm
d'épaisseur)
- la chaîne
d'osselets
(le marteau, l'encluuclume et l'étrier, maintenus par des muscles et
des ligaments)
- la trompe
d'Eustache
(s'ouvrant sur l'arrière gorge à chaque déglutition afin d'adapter
la pression atmosphérique de l'oreille moyenne à celle de
l'environnement)
Les vibrations de l'air en provenance de
l'oreille externe font vibrer le tympan qui transmet alors ses
oscillations mécaniques à la chaîne d'osselets. On peut raidir
celle-ci en contractant ses muscles : l'amplitude de l'oscillation
mécanique sera alors atténuée et le son sera perçu comme étant
moins fort.
3)
l’oreille interne
Elle
est remplie de liquide (un héritage de nos ancêtres aquatiques).
Elle comprend entre autres :
- le vestibule.
C'est le siège de l'équilibre. Si l'on tourne par exemple sur
soi-même un certain temps et que l'on s'arrête brusqueme,
l'endolymphe
(un liquide) continue de tourner et le cerveau reçoit le message
disant que le corps est toujours en mouvement. Cette information,
supérieure à l'information visuelle qui sait que le corps est
maintenant immobile, empêche notre corps de se tenir droit, et
oblige nos jambes à trouver des appuis pourtant inutiles.
- la
cochlée.
Elle supporte plus de 25 000 cellules ciliées (cellules
de Corti),
chacune stimulée par une fréquence, qui contribuent à transformer
les vibrations mécaniques en impulsions électriques envoyées au
cerveau.
Cette impulsion est toujours de même amplitude
quelle que soit l'intensité du son. Ce qui va caractériser un son
fort, c'est le nombre plus important de cellules stimulées.
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INTRODUCTION AUX SCIENCES COGNITIVES |
En
Occident, le passage d’une époque à l’autre est souvent
synonyme de mutation esthétique, de bouleversement, parfois
d’incompréhension, à l’image du conflit des générations
(contrairement à d'autres cultures - par exemple africaine - dont
l'art n'a pas cherché à évoluer constamment). Au XXe siècle,
époque qui a vu foisonner, se confronter et même s’affronter le
plus de tendances artistiques diverses, il est difficile pour un
individu donné de ne pas préférer une esthétique à une autre.
Certains diront que l’art contemporain est incompréhensible,
d’autres qu’ils ne comprennent pas l’intérêt de la musique
techno (nous noterons d'ailleurs à quel point la notion de
compréhension est fréquemment sollicitée pour manifester ses
goûts). Bien sûr le goût artistique est propre à la personnalité
de chacun, mais à la différence des empreintes digitales, il n’est
pas immuable et change de jour en jour. Les diverses théories
scientifiques que nous allons aborder vont nous permettre de mieux
l’appréhender.
Information
sémantique et information esthétique
Le
discours musical s’appuie en permanence sur des notions telles que
la prévisibilité ou la redondance. Prenons par exemple le cas de la
cadence rompue (appelée à juste titre en italien cadenza d’inganno,
cadence trompeuse) dans laquelle la prévision de l’enchaînement
dominante-tonique est déjouée au profit d’un autre degré. De
même, la redondance présente dans toute oeuvre tonale est évidente,
ne serait-ce que par l’utilisation des notes d’une même gamme,
ou à travers les répétitions ou réexpositions de thèmes. Ce sont
ces paramètres qui définissent chez l’auditeur le degré de
connaissance d’un style musical, l’ensemble des repères lui
permettant de maîtriser l’approche d’une oeuvre.
Par
ailleurs, il est bien connu que le fait d'écouter plusieurs fois une
oeuvre musicale peut contribuer à mieux l'apprécier. Nos goûts
auront-ils changé pour autant ? En réalité, c’est la succession
des événements qui sera davantage prévisible, réconfortant ainsi
notre écoute grâce un univers sonore connu. On aime souvent ce
qu’on prévoit et ce qu'on reconnaît.
Néanmoins,
contrairement à l’information sémantique (traduisible dans toutes
les langues), l’information esthétique, quant à elle, puise bien
souvent son intérêt dans l’ambiguïté de ses symboles (ce qui
est fréquent en poésie, flagrant en musique) et dans son débit
important, rendant le discours artistique, du point de vue de la
théorie de l’information, inintelligible. A l’inverse, une
oeuvre musicale minimaliste et répétitive (par conséquent pauvre
en quantité d'information) sera-t-elle pour autant inintéressante
ou ennuyeuse ? Nous savons bien qu’une note répétée
indéfiniment, avec le même rythme et la même nuance, peut créer
un certain climat contemplatif.
Nous ne devons pas négliger
en effet l’importance de la forme, de l’organisation temporelle
ou spatiale d’une oeuvre. Il s’agit de bien prendre en
considération la supériorité de l’agencement des signes, sur le
signe lui-même.
LA
GESTALTTHEORIE (la théorie de la forme)
1) forme et
perception
”Nous
définirons une Forme (Gestalt)
comme un groupe d’éléments perçus dans leur ensemble, comme
n’étant pas le produit d’un assemblage au hasard.” (MOLES
Abraham, Théorie
de l’information et perception esthétique)
On
comprend que, dans l’écoute d’une oeuvre musicale, la forme
implique la mémoire (par exemple la référence à des flash back
permanents pour identifier une réexposition thématique). De même,
elle implique aussi la prévision d’éléments attendus (qui seront
joués ou non) devenant ainsi en quelque sorte une conscience de
prévisibilité. Réminiscence du passé et projection dans le futur
deviennent alors les moteurs de l’appréciation formelle d’une
oeuvre.
La forme dépend par conséquent essentiellement du
récepteur2 (de celui qui écoute), et donc de ses acquis, de sa
culture et de son conditionnement (certains considèrent même,
depuis la physique quantique, que rien n'existe en dehors de la
perception). Comme il ne peut pas percevoir et traiter absolument
toutes les informations qu’il reçoit (on a vu plus haut que le
débit d’informations perceptibles et compréhensibles était
limité), il est obligé de sélectionner. C’est évidemment en
fonction de son expérience et de son vécu qu’il procédera à sa
propre sélection. Cela lui permettra la plupart du temps de
simplifier la forme entrevue : on sait par exemple que la perception
d’une figure géométrique très complexe se réduit souvent à la
vision d’une figure plus simple.
2)
forme et structure
Par
ailleurs, la forme ne se résume pas tout simplement à la somme de
ses parties ou des éléments qui la composent. Cela devient un
nouvel élément à part entière, un supersigne
constitué de signes souvent moins perceptibles que l’ensemble
produit. Les gestaltistes (les théoriciens de la forme) montrent par
exemple que, dans la lecture du mot PIANO, nous percevons le mot dans
son ensemble, avant de le considérer comme une juxtaposition des
lettres P, I, A, N et O. De même, en regardant le dessin ci-dessous,
nous distinguerons au premier regard un visage, et non un assemblage
de cinq cercles de diamètres divers.

Précisons
néanmoins que, jusqu’à présent, nous n’avons, à travers la
théorie de l’information et la Gestalttheorie, entrevu que le
point de vue formaliste, selon lequel la musique, par exemple,
pourrait être réduit simplement au jeu de ses formes. Il serait par
conséquent intéressant d’examiner la conception expressionniste.
Afin d’appréhender ce propos, essayons maintenant d'entrevoir le
cheminement dans le cerveau des informations perçues.
LE
STOCKAGE ET LE TRAITEMENT DE L’INFORMATION
1) schéma
fonctionnel du système auditif
De même que les
informaticiens se sont souvent inspirés du cerveau humain dans leur
recherche, on utilise parfois des schémas empruntés à la
cybernétique pour appréhender la manière dont le cerveau traite
les informations sensorielles. Il s’agit pour le cybernéticien,
non pas de décrire avec la plus grande précision possible la
réalité afin de la reproduire exactement, mais plutôt de simuler
son fonctionnement.

Rappelons que
le son pénètre par l’oreille externe sous la forme d’une
oscillation mécanique, traverse l’oreille moyenne, puis est
transformé en impulsion électrique par l’oreille interne. Le
signal, par l’intermédiaire du nerf auditif, gagne alors les
fonctions supérieures (le cortex) pour être traité.
De
manière plus abstraite, voici ce qu’il advient ensuite.
Le
signal intègre tout d’abord la mémoire instantanée
pendant une seconde environ. Il est transmis ensuite à l’ordinateur
central qui, incapable pour l'instant d’identifier
l’information reçue, s’adresse alors aux mémoires de
stockage afin de prendre connaissance des représentations
mentales qui lui sont associées. Il pourra par la suite
conserver cette information, c’est-à-dire lui assigner une adresse
par laquelle il sera possible de la retrouver plus tard. Toute
information ne passant pas l’ordinateur central est néanmoins
enregistrée dans les mémoires de stockage, mais aucune adresse
n’ayant été conservée, il sera en principe impossible de la
retrouver (l'hypnose est d'ailleurs l’une des techniques permettant
parfois de retrouver ces informations sans adresse).
D’autre
part, l’ordinateur central a la possibilité de modifier
sensiblement certaines caractéristiques du signal perçu, cela en
agissant directement sur les muscles de l’oreille moyenne,
permettant ainsi de mieux entendre un timbre ou un registre bien
précis. Il s’agit en fait d’une modification de la courbe de
réponse de l’appareil auditif par le système ossiculaire de
manière à favoriser l’émergence des formants propres au signal
désiré. L’individu percevra objectivement plus fort le son sur
lequel il se concentre, acquérant ainsi la capacité par exemple
d’isoler une voix ou un timbre particulier.
2) notion de
compréhension musicale : les grilles d'écoute
Deux
jumeaux élevés ensemble n’auront pas le même caractère, la même
perception des choses, car ils trieront différemment les
informations reçues. On ne peut pas traiter toutes les données que
nous percevons. Il faut par conséquent les sélectionner. Notre
culture et notre éducation nous apprennent aussi à le faire.
Une
oeuvre musicale contient une quantité d’informations qui dépassent
largement notre capacité de traitement, c’est pourquoi nous
remmarquons surtout les signes que nous reconnaissons.
Comprendre
une musique, c’est en quelque sorte assigner des représentations
mentales à ce que l’on entend. On applique toujours
instinctivement sa propre grille d’écoute quelle que soit la
musique entendue. C’est pourquoi il y a parfois tant
d’incompréhension entre des cultures différentes.
TEXTES
CITÉS dans La Machine à écouter d’Emile Leipp :
Berlioz,
parlant des musiciens chinois qu'il avait entendus à Londres en 1851
écrit : “Air grotesque et abominable en tous points, finissant sur
la tonique ainsi que la plus vulgaire de nos romances... Les Chinois
et les Indiens auraient une musique semblable à la nôtre s'ils en
avaient une; mais ils sont à cet égard, plongés dans les ténèbres
les plus profondes de la barbarie... De plus, les Orientaux appellent
“musique” ce que nous nommons “charivari”, et pour eux, comme
pour les sorcières de Macbeth, l'horrible est le beau. (...) Le
peuple chinois chante comme les chiens baillent, comme les chats
vomissent quand ils ont avalé une arête."
Tran Van Khe,
parlant des musiciens orientaux, signale que “le public oriental,
habitué à la monodie où tout le monde s'exprime à l'unisson, est
totalement dérouté par les sons des musiques occidentales qui
s'entrecroisent, se heurtent, se superposent." Plus loin, le
même musicologue, citant un musicien arabe, Mohammed Zerrouki,
précise : “Pour le public oriental, un orchestre occidental groupe
des musiciens qui ne tiennent nullement le même langage. Chaque
exécutant dit en toute indépendance ce qu'il lui plaît de dire.
Les musiciens semblent se tourner le dos et ne point s'entendre
mutuellement. En pleine exécution, certains d'entre eux reposent
leur instrument, laissant les autres discourir; puis, s'avisant
qu'ils ont leur mot à dire, ils s'évertuent à rattraper leurs
camarades. Au-dessus de leur tête, gesticule de mille manières un
chef d'orchestre à qui personne ne songe à obéir sérieusement. En
un mot, aucun ordre apparent. L'oriental ne peut s'empêcher de
penser que toute discussion doit suivre un processus précis et que
chaque thèse doit se faire entendre, se développer séparément.
Pour se faire comprendre, il faut que chacun parle à son tour. Si
l'on parle tous à la fois, en disant des choses différentes,
comment se faire entendre ? Seuls les gens en colère ou des fous se
comportent de cette façon. Voilà grosso modo le raisonnement qui
vient inévitablement à l'esprit de l'Oriental n'ayant point reçu
d'éducation musicale européenne."
Nous heurtant
alors à la subjectivité de l’individu et à la complexité de son
inconscient, nous sommes obligés cette fois de prendre en
considération la dimension psychanalytique.
V -
MUSIQUE ET PSYCHANALYSE (théories sur l’utilité de la
musique)
Les rapports entre la musique et la psychanalyse
ne font pas l’objet de théorisation synthétique (sans doute en
raison de l’absence du discours musical chez Freud), mais plutôt
de spéculations métapsychologiques ou d’analogies trop générales
entre paramètres musicaux et paramètres psychanalytiques.
Pour
certains, l’écoute de la musique, par son organisation
intelligible, libère l’énergie permettant de maîtriser les
stimuli sonores inorganisés (en particulier non maîtrisables par le
langage) qui constituent pour le nourrisson la menace d’un monde
extérieur effrayant. Cette libération d’énergie, dominant cette
peur primitive du son, serait l’origine même du plaisir musical.
On peut également supposer que la musique, tout comme la phase de
sommeil paradoxal (le rêve), permettrait, pendant l’écoute, une
organisation structurelle mémorielle de toutes les informations
acquises dans la journée (cela n’est pas sans nous rappeler cette
phrase de Leibniz : ”La musique est un exercice d’arithmétique
inconscient de l’esprit qui ne sait pas qu’il est en train de
compter”).
Pour d’autres, la musique serait également un
mode spécifique de communication mère-enfant, où celui-ci
trouverait un fondement du rythme (dans la périodicité de son
alimentation) et de la mélodie (à travers la berceuse maternelle).
La musique, sublimation des éléments de l’enfance, deviendrait
plus tard une quête éternelle de nouveaux substituts de l’objet
perdu. Elle pourrait même provoquer une régression rétablissant
une communication avec les expériences archaïques, autorisant la
décharge de tension primitive.
De même, l’influence du
conscient et de l’inconscient dans le phénomène musical est très
discutée. Certains supposent que la musique, provoquant un état de
dissolution de la conscience, donne accès à des représentations et
à un matériau refoulé, utilisant son ambiguïté sémantique pour
tromper la censure. L’écoute musicale, impliquant comme le rêve
des chaînes associatives, serait alors un moyen d’accéder au
refoulé. Cet aspect sémantique est important; alors que Saussure
n’y voit qu’un jeu de signifiants sans référence directe à un
signifié, d’autres considèrent même la musique comme une
paraphrase du langage.
N’oublions pas que, quelle que soit
l’époque considérée, quels que soient les pays, les cultures,
les traditions, les ethnies, la musique est présente chez tous les
peuples de la terre, comme si elle était, et tout l’art avec elle,
vitale pour l’être humain.
Pour la première fois, nous
trouvons une trace d’universalité dans l’art, à travers son
utilité. Afin de sortir du champ théorique, abordons maintenant le
domaine de l’expérimentation. Les études sur la perception,
menées chez un grand nombre de sujets, nous permettent-elles
d’entrevoir une trace d’universaux ?
VI - MUSIQUE
ET SCIENCES DE L’HOMME (pour une universalité de la perception
musicale ?)
Les partisans de l'expressionnisme, selon
lesquels la musique est dotée d’un pouvoir d’expression, se
divisent en deux groupes bien distincts (FUBINI, Enrico, Les
Philosophes et la musique). D’une part, les absolutistes
pensent que ce pouvoir expressif est véritablement contenu dans la
musique elle-même. C’est le cas à la fois d’un courant
néo-pythagoricien évoquant un ordre intelligible inscrit dans le
cosmos (ordre que les sons reflètent), ainsi qu’un ensemble de
musicothérapeutes qui essayent de mettre en évidence certains
effets physiologiques liés à la musique, une mise en résonance des
organes corporels par les vibrations sonores. Pour certains d’entre
eux, cette résonance neuro-musculaire serait à l’origine même de
l’émotion musicale : la musique nous émeut parce qu’elle nous
remue (au sens le plus littéral du mot).
Cependant, l’étude
des fonctions cardio-vasculaires et des fonctions respiratoires,
aboutissant souvent à des résultats contradictoires, ne peuvent
être ramenée à une réduction du type stimulus-réponse, ces
effets physiologiques dépendant essentiellement de l’attitude du
sujet lors de l’écoute et de son conditionnement. Ainsi
devons-nous enfin considérer le point de vue des référentialistes,
selon lesquels la compréhension du contenu expressif n’existe que
par référence au monde extérieur et à des phénomènes
d’acculturation : nous voyons ainsi l’importance que revêtent en
musique les fonctions supérieures. En fait, il n’y a pas de
comportement physiologique déterminé pour une structure musicale
donnée.
D’autre part, si les mécanismes périphériques de
l’audition sont de mieux en mieux étudiés, les phénomènes
centraux liés à la neurologie (aire de projection auditive sur le
cortex) sont encore très mal connus. En effet, l’étude
électroencéphalographique permet uniquement de connaître le degré
d’attention du sujet à une musique donnée. Cependant, on a
constaté, de façon empirique, que certains stimuli, comme un son
répété monotone, provoqueraient chez tout sujet une baisse de la
vigilance et l’induction au sommeil (il est vrai que la plupart des
berceuses utilisent des éléments répétitifs). Pourtant, là
aussi, nous ne pouvons ramener l’écoute musicale à une simple
activité réflexe (liée uniquement au cerveau inférieur). Nous
devons convenir encore de l’importance de l’acculturation et de
la culture.
De plus, on a démontré l’absence de fondements
neuro-psychologiques dans la signification attribuée à certains
éléments musicaux. En effet, les associations accord
consonant/ordre-équilibre-repos, accord
dissonant/inquiétude-désir-tourment, mode majeur/gaieté, mode
mineur/tristesse, registre grave/bas et registre aigu/haut n’existent
que par transfert du rapport syntaxique dans le domaine psychologique
à la suite d’une acculturation. C’est pourquoi, la religion,
l’amour, la nature, l’héroïsme ne sont aucunement intrinsèques
à la musique.
On comprendra alors pourquoi ces différents
points de vue (psychiatriques, psychanalytiques, physiologiques,
neurologiques, psychologiques) ont pris une position culturaliste
(relativisme, antiuniversalisme) et renvoient directement à la
sociologie.
VII - CONCLUSION
Nous avons vu
avec la théorie de l’information que le codage du signal par le
transmetteur implique un décodage équivalent par le récepteur.
Pour autant, nous savons bien que le codage de l’idée par le poète
sous la forme de juxtaposition de mots ne peut être interprété
exactement de la même façon par le lecteur. L’art, et c’est en
cela que réside tout son intérêt, repose sur une ambiguïté de
sens. Pourtant, lorsque l’incompréhension entre le créateur et
l’esthète est totale, pouvons-nous encore parler de message
artistique ? Beaucoup d’Occidentaux avouent assister avec plaisir à
une représentation de théâtre Nô, bien que la plupart ignorent
absolument tout de la langue, des codes et des références
employées. Les concepts de représentation mentale et de grille
culturelle développés précédemment nous montrent bien que ces
spectateurs voient ”autre chose” que ce qui est communiqué. Mais
a-t-on pour autant le droit d’affirmer qu’ils en tirent moins de
plaisir ?
Certains, malheureusement trop peu nombreux, puisent
souvent leur intérêt et leur satisfaction dans l’exploration
d’oeuvres inconnues, nouvelles, sans repères par rapport à des
acquis culturels établis. S’exercer à percevoir une forme dans ce
qui déroute, n’est-ce pas salutaire, selon certaines hypothèses
psychanalytiques ? Cette démarche va à l’encontre de ce qui est
pratiqué par exemple dans le marketing publicitaire de variétés :
au lieu de susciter la curiosité pour une chanson ou pour un
interprète dans l’esprit du public, incitant celui-ci à découvrir
par lui-même et surtout à faire le choix de découvrir, on procède
à un matraquage en diffusant le ”produit” par petites doses à
la radio, à la télé, sur les affiches, dans la rue, dans le métro,
sur les couvertures de magazines, de manière à créer une sorte
d’accoutumance inconsciente qui poussera le consommateur à
acheter, sans qu’il ait eu réellement à le décider.
L’homme
a besoin, dans l’art, d’un cadre structuré. Et la structure,
comme nous l’avons montré, il l’attribue à ce qu’il connaît,
ou plutôt à ce qu’il reconnaît; la cohérence des uns est
souvent l’incohérence des autres. Aussi toutes ces théories
doivent-elles nous rendre plus humbles quant aux prétendues vérités
artistiques. Le beau, la forme, le génie ne sont que des dimensions
hallucinatoires nullement inscrites dans l’oeuvre elle-même; elles
ne sont que des projections plus ou moins inconscientes de la part
d’un esthète donné. Ronsard aurait-il pu entrevoir le talent de
Mallarmé ? Sans doute pas.
En réalité, la lecture d’un
poème devant dix auditeurs génère dix visions différentes de
l’oeuvre, donc dix poèmes différents. A la fin d’une de mes
conférences, un écrivain m’interpellait en me priant de ne pas
oublier pour autant la vision du poète lui-même ! Pourtant celle-ci
ne concerne-t-elle pas que l’analyste ? Il est parfois difficile
pour un créateur d’accepter le fait que sa propre vision de
l’oeuvre, ainsi que les sentiments qu’il y a inscrits, soient
emmurés dans une dimension de l’ouvrage que personne d’autre ne
pourra percevoir telle quelle : c’est le niveau poïétique
(celui de la création), que Jean Molino, dans sa théorie de la
tripartition, distingue du niveau neutre (celui de
l’oeuvre) et du niveau esthésique (celui de la perception).
Cette théorie a été largement développée par Jean-Jacques
Nattiez dans les Fondements d’une sémiologie de la musique.
A
partir de ce relativisme, hostile à toutes vérités prétentieuses
et prosélytistes, nous pourrions, après avoir décrié
l’objectivité du Beau, aller jusqu’à repousser les limites
mêmes de l’oeuvre artistique... Mais c’est là un autre débat
!
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ÉLÉMENTS D'ÉLECTROACOUSTIQUE |
I
- LA SYNTHESE SONORE
1) la synthèse additive
Superposition
de sons sinusoïdaux de fréquences et d’amplitudes
différentes.
2)
la synthèse soustractive
Filtrage
d’un signal riche en harmoniques (principe des synthétiseurs
analogiques).
3)
la synthèse FM
Soit
deux oscillateurs, appelés ici opérateurs.
La fréquence du porteur
est modulée par le modulateur.
Plusieurs
opérateurs sont généralement utilisés, dont les différentes
connexions possibles sont nommées algorithmes
(6 opérateurs pour 32 algorithmes chez le ”DX7” de Yamaha).
4)
la synthèse croisée
Application
des variations de fréquences d’un signal aux variations
d’amplitudes (l’enveloppe) d’un autre signal (le vocodeur
permet par exemple de faire parler un instrument de musique).
II-
LES FILTRES
Un
filtre
pass-haut
élimine les composants graves du spectre sonore. C'est ce qui arrive
à la voix transmise par un téléphone. Celle-ci reste néanmoins
très compréhensible dans la mesure où l'intelligibilité d'une
voix est surtout contenue dans la partie haute du spectre.
En
revanche, un filtre
passe-bas
élimine les composants aigus du spectre, ne laissant passer que les
graves, qui contiennent la majeure partie de l'intensité sonore
(puisque les premiers composants du spectre sont ceux qui ont
généralement le plus d'énergie).
Un filtre
passe-bande,
quant à lui, ne laisse passer que les fréquences comprises dans la
banse passante sélectionnée.
Au contraire, un filtre
coupe-bande
filtre les fréquences comprises dans cet intervalle.
Prenons
maintenant l'exemple d'un tout petit haut-parleur dont la taille ne
permet pas de restituer les composants graves d'un son périodique.
L'oreille restitue et entend malgré tout le fondamental, car
celui-ci correspond à l'écart entre les fréquences des harmoniques
supérieurs de rangs voisins joués par le haut-parleur. Cependant,
ces composants aigus n'auront pas assez d'énergie pour être
propagés loin des haut-parleurs (par exemple loin d'un casque de
walkman). On retrouve notamment ce phénomène avec certains pianos
droits dont la longueur des cordes les plus graves n’est pas
suffisante pour émettre le fondamental; pourtant, l'oreille perçoit
la hauteur du fondamental absent.
III
- LE MIDI
Le
MIDI (acronyme de “Musical Instrument Digital Interface”) est un
système de communication universel entre les instruments de musique
électroniques. Il résulte d’un accord (en 1983) entre les grandes
firmes de fabrication.
Le langage MIDI est un codage numérique
binaire de l’événement musical (ce qui n’a rien à voir avec le
signal audio). L’information MIDI est représentée sur 10 bits :
-
2 bits, de valeur toujours 0, servent à la synchronisation (le start
bit indique le début de l’événement et le stop bit en indique la
fin)
- les 8 autres bits ont pour valeur 0 ou 1, ce qui
représente, de 00000000 à 11111111, 256 valeurs différentes.
Le
débit maximum du MIDI est de 3 125 bits par seconde (31 Kbit/s). Il
indique des valeurs choisies parmi 16 canaux MIDI, 128 valeurs de
notes, 128 valeurs de vélocité, etc.
IV
- L’ECHANTILLONNAGE
1) l’analogique et le
numérique
ENREGISTREMENT
ANALOGIQUE : inscription du son par un signal continu constitué
d’une infinité de valeurs (par exemple une tension
électrique).
ENREGISTREMENT NUMERIQUE : inscription du son au
moyen de nombres codés (par un convertisseur
analogique/numérique)
espacés d’un intervalle de temps. C’est ce que l’on appelle
l’échantillonnage
(on parlera également de numérisation, ou encore d’acquisition
numérique). Il s’agit donc d’une représentation
discontinue.
2)
la fréquence d’échantillonnage
C’est
le nombre de fois par seconde qu’un convertisseur
analogique/numérique va transformer le signal en valeur numérique.
Cette fréquence est de 44,1 KHz pour les CD (soit 44 100 sections
instantanées du son à chaque seconde).
Pour un bon
enregistrement, on considère que la fréquence d’échantillonnage
doit être au moins égale au double de la fréquence la plus élevée
à enregistrer.
On pourrait comparer la fréquence
d’échantillonnage au nombre de photogrammes dans une pellicule
cinématographique.
3)
la résolution
Le
son produit des variations de pression de l’air qui sont
transformées par le micro en une tension mesurable. Lors de
l’échantillonnage, le convertisseur transforme cette tension en
nombres codés compris sur un certain nombre de bits.
8 bits
permettent de coder 256 amplitudes différentes (= 28)
16
bits permettent de coder 65 536 amplitudes différentes (= 216)
En
théorie, la dynamique maximale est de 6 dB par bit. Pour 16 bits,
elle est donc de 6 x 16 = 96 dB.
On pourrait égalemet
comparer la résolution à la taille et à la qualité des
photogrammes de pellicules de cinéma.

La
numérisation utilise beaucoup de mémoire. Par exemple, 1 mn de son
stéréo échantillonné en 16 bits à 44,1 KHz utilise 10
méga-octets.